C’était un petit homme au profil malingre et à la bouche close. Son ombre se faufile aux heures écartelées. Et le monde se pare de teintes mordorées. Ce petit homme, vous ne le connaissez pas. Englouti par l’abysse et par les aléas, il s’est transformé à l’instar de Kafka.

Le grand homme en a noirci des pages à la couleur onyx de son coeur calciné. En quête d’un absolu, recherchant le passé, il aimait le pahlavi, l’opium, l’idéal. Et moi jeune novice, je coordonne mes pas à sa mazurque ardente un peu désordonnée. Je chasse la chouette aveugle, traque la chambre noire de ses rêves imbibés de singularité.

L’écouter: lecture de sa nouvelle La chambre noire sur youtube 

Le lire: La chouette aveugle, son roman phare, est disponible un peu partout. Il a été magnifiquement traduit par Roget Lescot. Voici ce qu’en disait Breton:

« De Sadeq Hedayat, qui se suicida à Paris le 9 avril 1951, nous parvient, dans la belle traduction de Roger Lescot, La Chouette aveugle, comme un signe éperdu dans la nuit. Jamais plus dramatique appréhension de la condition humaine n’a suscité pareille vue en coupe de notre coquille, ni pareille conscience de nous débattre hors du temps, avec les immuables attributs qui sont notre lot, comme dans « Le mauvais génie d’un roi », dans un labyrinthe de miroirs ». L’acuité des sensations et la violence des impulsions qui comme chez un Wölfli, tirent un parti confondant du stéréotype de certaines images tiendront haletants d’un bout à l’autre ceux que Sadegh Hedayat exclut du monde de « la canaille ». Un chef d’œuvre s’il en fût ! Un livre qui doit trouver place auprès de l’Aurélia de Nerval, de Gradiva de Jensen, des Mystères d’Hamsun qui participe des phosphorescences de Berkeley Square et des frissons de Nosferatu. »

Connaître sa vie: J’ai lu  un très bel article de  Marzieh Balighi,  intitulé « un écrivain francophone iranien de l’entre-deux-mondes » que je vous recommande vivement pour mieux comprendre l’homme et le contexte dans lequel il vivait. Il est disponible sur Google.

Lui rendre visite: Au Père Lachaise ou au 37 bis de la rue Championnet, sa dernière demeure. Faîtes un crochet au bar mythique La Renaissance, à quelques encablures de là.

 

 

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