La différence est facteur de rêve. Là où l’incongru surgit, il n’ y a plus de soustraction.
Au royaume de l’inattendu, la demeure de Montrésor serait la carte maîtresse. Là-bas, plane une ombre, une ombre rouge et blanche, aux couleurs du drapeau de Pologne et d’épopée stendhalienne.
C’est celle d’un homme dont l’histoire est deux fois romanesque. Le comte Xavier Branicki n’a rien à envier à Julien Sorel. Né en Pologne vers 1815, condamné à la déportation en Sibérie, il parvint à s’échapper pour rallier notre capitale avant de rejoindre les armées du futur Napoléon III à Constantinople. En fondant le Crédit Foncier, il devint crésus et finança les chemins de fer d’Algérie.
Mais son plus grand fait d’arme reste Montrésor. Devenu maire de la commune, il restaura le château en ruine et le dota de joyaux de la Renaissance italienne et tutti quanti.
Dans une somptueuse salle d’apparat, un peu décatie et délavée par le temps, se cache un témoignage poignant de ce que fut l’empire des sultans. Une selle majestueuse, couleur d’Islam, incrustée de pierres semi-précieuses.
« Prise aux turcs à la bataille de Vienne, elle appartenait à Kara Mustapha, grand vizir ottoman. Seul un descendant du prophète Mahomet pouvait s’y asseoir. »
Et puisque les chemins oniriques n’ont pas de fin, que la vie est empreinte de réalisme magique, vous aurez aussi droit à une vue somptueuse sur l’un des plus jolis villages de France, verrez au guichet les propriétaires de ce lieu inchangé doté du pouvoir de ressusciter l’intangible.
Montrésor, c’est la symphonie de la vie sur le fil du souvenir, le visage empourpré d’un être sans désert comblant les dunes de l’existence par la foi en l’avenir.
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