Il n’y a rien à faire contre le destin. Il est si chatoyant qu’il se faufilera tel un fil ténu parmi les braises éteintes. Vilipendant le monde, pur comme une sainte. Il n’y a rien à faire contre le destin.
Il y en a un autre par contre où certains coups sont permis, c’est le mektoub. L’explication la plus imagée m’en a été donnée par un ancien prisonnier politique, très pieux.
Dialogue.
« C’est quoi le mektoub?
Tu vois Lilia, le mektoub c’est comme un palmier. Tu dois le secouer pour que les dattes tombent.
C’est-à-dire?
C’est-à-dire que si tu veux que ton destin se réalise, il va falloir agir. »
La main de dieu et la part de l’homme en quelque sorte.
J’ai adopté ce mot, ses sonorités à la fois dynamiques et résolues. Il a rejoint ma bibliothèque personnelle, ma maktaba.
Alors aujourd’hui je voudrais creuser la notion si belle et si puissante de mektoub.
Mektoub, en arabe, veut dire écrit. Ceux qui connaissent un peu cette langue vous diront qu’elle est trilitère, c’est à dire constituée d’une racine de 3 consonnes qui servent de support aux voyelles. Là, en l’occurrence, la base c’est KTB, que l’on retrouve dans kitab ( le livre), kataba ( écrire), katib ( l’écrivain). Le mektoub, c’est donc ce qui est gravé sinon dans le marbre du moins dans le verbe.
Pour Karima Berger, auteure de Mektouba, le mektoub c’est bien plus que cela. « C’est ce qui est écrit mais également ce que je veux écrire de mon destin. C’est l’abandon à la volonté divine mais aussi la volonté de se faire reconnaître par Dieu comme acteur de son destin. »
Quitter l’indiscutable pour pénétrer dans le domaine du libre arbitre et de la complexité des choses, en d’autres termes.
Une belle notion que le mektoub. Il ne reste plus qu’à faire tomber les dattes!
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